le Fondamentalisme, Amar Lasfar, le PS et Nicolas Sarkozy
Lille - Amar Lasfar, l’imam de la mosquée de Lille-Sud, a annoncé qu’il déposait plainte pour «diffamation et injures, incitation à l’intolérance et pour atteinte à l’intégrité de Monsieur Amar LASFAR. » Le motif de ce coup de colère ? Un rapport intitulé «l’ inquiétante rupture tranquille de Monsieur Sarkozy» que le parti socialiste diffuse depuis plusieurs jours sur son site. Le lycée Averroes, premier lycée musulman à ouvrir en France, y est qualifié de «fondamentaliste» dans le passage suivant : «Le projet sarkozyste réjouira l’UOIF dont le représentant lillois, Amar Lasfar, a créé le premier lycée privé musulman fondamentaliste,le lycée Averroès. Après avoir soutenu les jeunes filles voilées dans les collèges et lycées publics, cette organisation a désormais l’ambition de créer des établissements islamistes pour les accueillir.» (p14)
A vrai dire, ce n’est pas la première fois que cette institution est évoquée en terme défavorable. En 2004, Ali Aoudia Djaffer, pour l’hebdomadaire Marianne, avait enquêté sur le lycée. Il évoquait l’atmosphère confinée et oppressante qui règne dans cette institution d’un genre particulier, un homme – également gardien de la mosquée – qui pendant les pauses des élèves, les surveillait et les rabrouait en leur disant «Respectez la maison de Dieu, ou vous serez punis le jour de votre mort..» tandis qu’un élève témoignait de la pression religieuse exercée sur les adolescents «Ici, on ne nous parle que du coran et de l’islam à longueur de journée, C’est vrai que je suis musulman, mais pas au point de devenir Imam.»
Fondamentaliste, le lycée Averroes ? Difficile de ne pas le croire quand on sait, comme le rappelle le rapport du parti socialiste, qu’Amar Lasfar, un de ses fondateurs, est le représentant dans la région de L’UOIF, une association réputée pour être proche des frères musulmans, une mouvance islamiste très influente dans les pays musulmans. Difficile de ne pas arriver cette conclusion, aussi, quand on sait que Makhloud Mamèche, le directeur du lycée Avérroes, est un ami et un admirateur du prêcheur islamiste Hani Ramadan, connu pour avoir défendu la lapidation des femmes dans une chronique publiée dans le quotidien Le Monde. L’an passé, ce dernier, aussi cité dans le rapport, a d’ailleurs visité la mosquée d’Escaudain à deux reprises à l’invitation de son imam, Hassan Iquioussen, autre personnage de la région cité dans le rapport, qui a eu sa part de tristes controverses… C’est d’ailleurs un fait frappant dans le texte du parti socialiste : on cite beaucoup de figures de l’Islam régional ou transitant par la région. Et uniquement pour en dénoncer l’intégrisme et le fondamentalisme.
La diffusion du rapport, signalé dans un article de Libération paru le 9 janvier, a lentement fait boule de neige. Sur le site du parti socialiste, dés le 11, des internautes s’indignaient de la façon dont était décrite l’UOIF. Sur un article reprenant les thèses du rapport, Mousalli écrit ainsi «ne traité pas d’intégriste une association qui arrive à réunir plus de 100 000 personnes en 3 jours. Ceci n’est qu’un conseil mais sachez que le vote musulman va compter.»
Le 13 janvier, Amar Lasfar prenait publiquement la parole dans les colonnes de la Voix du Nord qui le cite déclarant : «Fondamentaliste ? Qu’est ce que ça veut dire ? Nous enseignons le programme de l’éducation nationale.» Le lendemain, lors d’un passage sur Europe 1, l’Imam de la mosquée de Lille-Sud dénonçait la récupération de l’Islam par les politiques. «L’islam est devenu une fois de plus un enjeu électoraliste.» Des propos réïtérés et rapportés par le quotidien 20 minutes: «En période préélectorale, les politiques se permettent les coups les plus bas. L’Islam devient un enjeu électoral.» Un lamentatio plutôt surprenant de la part de celui qui s’était parfaitement accommodé de la présence de Martine Aubry lors de la célébration religieuse de l’Aïd au Zenith, fin octobre 2006, lorsqu’elle était venue fort ostensiblement à la pèche aux voix.
L’imam Lasfar, de plus, exagère en criant à la stigmatisation du seul islam car le rapport ne réserve pas l’usage du mot fondamentalisme à sa religon et à son lycée. Quelques pages après la citation litigieuse, on trouve par exemple la question suivante : «Que faire en premier lieu avec les mouvements fondamentalistes ? Des intégristes catholiques, des églises évangélistes les plus fondamentalistes, des Juifs orthodoxes ou encore des fondamentalistes islamistes qui encouragent le port du voile dans les écoles ?» (p18) On le voit : il y en a pour tout le monde.
Si martine Aubry est demeurée silencieuse jusqu’à présent, ne faisant connaître son désaccord avec les qualificatifs du texte que par voix interposées, d’autres figures du socialisme local ont tenté de minimiser les propos tenus dans le rapport du Parti Socialiste. Bernard Roman, dès le 13, avait pour sa part déjà pris fait et cause pour le représentant de l’UOIF en déclarant: «Je ne vois pas sur quoi on se base. Je connais la mosquée de Lille Sud et je n’ai pas le sentiment qu’elle soit noyautée par des Islamistes. Alors quels indices pour le lycée Averroes ? C’est un peu osé».
L’attitude de Gilles Pargneaux, le premier secrétaire de la fédération socialiste du Nord, est plus révélatrice de la crainte qu’inspirent les menaces d’un imam de plus en plus vindicatif ( on se souvient de ses propos « guerriers» sur Benoit XVI) à mesure qu’il gagne en assurance et sent la ville prise dans les serres de l’Islam. Après avoir dit dans un premier temps qu’ «à partir du moment où l’UOIF tient des discours intégristes, on peut avoir de serieux doutes concernant l’association Averroes» le politicien est revenu sur cette position pour minimiser : «il s’agit d’une maladresse car le lycée privé a eu les autorisations de l’Education Nationale. Il conviendra de vérifier si son fonctionnement est conforme à la séparation de l’église et de l’Etat et à la laïcité et à ce moment là, les autorités prendront leur décision sur la signature ou non d’un contrat d’association. Mais il s’agit, je le répète, d’une maladresse rédactionnelle. »
Rédigé au cours de l’année passée, le livre est un pamphlet virulent dont le but est de présenter le candidat de l’UMP sous son plus mauvais jour . «L’inquiétante «rupture tranquille» de Monsieur Sarkozy » aurait été rédigé sous le pilotage d’Eric Besson, le secrétaire National du PS à l’emploi, également député de la Drôme – un département, soit dit-en passant, où les musulmans ne sont pas légions, ce qui explique peut-être les « maladresses rédactionelles» de l’ouvrage. De son propre aveu, M. Besson «ignore le détail de certains chapitres, écrits par des hauts fonctionnaires anonymes.» Ceux-ci auraient travaillé sous le giron de Nicolas Sarkozy à Bercy et à Beauvau. C’est le cas de «Pierre Bayard», le pseudonyme derrière lequel se cache celui qui a signé le chapitre dont certains passages ont fait bondir Amar Lasfar.
La réaction de l’Imam de Lille-Sud, si elle embarrasse les socialistes de la métropole, est à vrai dire un bon coup médiatique pour le PS et une excellente publicité pour son rapport sur Nicolas Sarkozy. C’est même exactement ce que cherchaient ses dirigeants. Des proches de François Hollande, notamment Olivier Faure, son directeur adjoint de cabinet, ont en effet décidé de mettre l’ouvrage en ligne dans le but explicite de créer un «buzz» sur le Web. Grâce à l’Imam de Lille-Sud, dans les semaines qui viennent, le résultat pourrait être au delà de toute espérance.
Amar Lasfar lui-même sortira gagnant de cette affaire sur le plan local. En effet, le rapprochement de l’UOIF et Nicolas Sarkozy, dénonçé dans le livre, est une des raisons qui ont poussé Martine Aubry à chercher dans la communauté musulmane un interlocuteur qui puisse faire contrepoids à l’influence grandissante de l’Imam de Lille-Sud. En criant au scandale, l’imam Asfar voit de nouveau affluer vers lui les témoignages de sympathie des élus socialistes et gagne ainsi une nouvelle légitimité. Après que Mohamed Bechari lui ait volé un temps la vedette, il s’impose à nouveau comme l’interlocuteur incontournable des pouvoirs publics et, aux yeux des musulmans de la région, comme le seul et unique défenseur de l’islam du Nord Pas-de-Calais.
Passé la polémique sur l’usage du mot «fondamentaliste» pour qualifié le lycée Averroès, une lecture attentive du chapitre rédigé par Pierre Bayard laisse apparaître que son texte est surtout un exercice réthorique dont le but est de faire croire au lecteur qu’il y aurait une différence réelle entre les propositions du représentant de l’UMP et celles du Parti Socialiste. En réalité, les deux partis politique sont d’accord sur deux choses : mettre en oeuvre la discrimination positive et accompagner l’islamisation de la France. L’exercice de Pierre Bayard porte donc sur la forme, et non sur le fond.
En attaquant Nicolas Sarkozy sur ses prises de positions en faveur de la mise en place d’une discrimination positive sur des critères religieux, pour les «musulmans», Bayard cherche à le présenter comme l’homme qui va favoriser la monter de l’intégrisme et du fondamentalisme. Bayard accuse Nicolas Sarkozy de vouloir « rouvir la question religieuse pour ne pas traiter la question sociale. » (p17) et il l’accuse d’insister exclusivement sur « l’identité religieuse des communautés étrangères installées sur le territoire français. » (p15) avant de conclure : «Prôner,comme il le fait,le développement des discriminations positives en faveur des minorités visibles, c’est abandonner les principes de notre République et compter les habitants de notre République par race ou ethnie. Ce que la France n’a fait qu’aux pires moments de son histoire, ceux de l’esclavage,de la colonisation ou du régime de Vichy. » (p 23)
Face à la discrimination positive sur des bases religieuses prôné par Nicolas Sarkozy, le Parti Socialiste prétend se distinguer en proposant de «généraliser l’expérience de «discrimination positive socio-économique» conduite à Sciences Po à toutes les grandes écoles (polytechnique,l’ENA,l’école nationale de la magistrature, l’école normale supérieure, HEC…). Cette discrimination positive est la seule solution conforme à notre idéal républicain qui permette de relancer l’ascenseur social, aujourd’hui en panne, au profit des jeunes vivant dans les banlieues dites difficiles. » (p 15)
En réalité, si Bayard parle de «discrimination positive socio-économique», il a d’abord précisé à qui sont destinées ces mesures : «nous voulons tout donner aux enfants de l’immigration en tant que citoyens. Car ils sont citoyens beaucoup plus et avant d’être musulmans [...] la réponse au malaise qui s’est instauré entre la France et les immigrés ou supposés tels, est donc ailleurs : dans la réalisation de l’Idéal républicain d’intégration. » (p15) Il écrit d’ailleurs que «l’analyse de Nicolas Sarkozy est partielle et partiale.Elle insiste exclusivement sur l’identité religieuse des communautés étrangères installées sur le territoire français. Elle élude la ghettoïsation de certains quartiers de nos banlieues,la discrimination à l’entrée des boîtes de nuit,la récurrence des contrôles d’identité, les diplômés d’université exclus du marché de l’emploi pour délit de faciès, les lycéens de l’enseignement professionnel ne trouvant pas de stages faute d’entreprise pour les accueillir, les candidats locataires d’origine africaine, antillaise ou maghrébine recalés par des propriétaires racistes ou la politique des quotas des organismes HLM. Ne pas parler de ces situations, limiter l’analyse à la seule question des lieux de culte, c’est occulter les vrais défis posés aujourd’hui à notre politique d’intégration» (p15) Entre d’autre termes : Pierre Bayard condamne le confessionnel, parle social, mais pense racial. C’est bien, pour des motifs raciaux que la discrimination positive doit être mis en place.
Pour démontrer l’inutilité de la démarche débouchant sur l’instrumentalisation du communautarisme religieux, Pierre Bayard critique la création du CFCM par Nicolas Sarkozy en affirmant que sa politique du candidat UMP est «en réalité un échec total. » Il explique ainsi que «le fonctionnement du CFCM est totalement chaotique. [...] les trois grandes tendances qui le composent – l’UOIF, la FNMF et la grande mosquée de Paris – ne sont jamais parvenues à travailler ensemble. [...] Le CFCM n’est plus qu’une coordination fantoche. » (p20) La politique de Sarkozy aurait également « intronisé l’UOIF» .
En fait, en montant en épingle la nature intégriste de l’UOIF, il s’agit de présenter ensuite le soutien du Parti Socialiste à l’Islamisation de la France comme une position anodine. Ainsi Bayard déclare que «L’islam Libéral est sacrifié sur l’autel des ambitions de Nicolas Sarkozy» (p 21) C’est cet Islam soit-disant Libéral que le Parti Socialiste veut aider à s’installer en France : «La République doit enfin – et c’est la troisième urgence – permettre aux musulmans d’éxercer dignement leur religion en favorisant le bon fonctionnement de la fondation d’utilité publique récemment créée et chargée de financer la construction de mosquées.» Sans pour autant renoncer à l’existence du CNCM car, pour « fantoche» que cette institution soit qualifiée, on s’usera les yeux en vain à chercher un passage où Pierre Bayard suggère la dissolution de cette néfaste institution. Ici donc, une fois encore, l’UMP et le Parti Socialiste sont sur la même ligne concernant l’Islam; le désaccord n’est que de forme.
C’est à cette volonté d’installer l’Islam en France qu’on mesure l’hypocrisie du discours socialiste. Les Deux partis sont également favorables à l’islamisation. Les socialistes, par la plume de Pierre Bayard, accusent Nicolas Sarkozy d’ avoir « intronisé l’UOIF – une organisation musulmane intégriste et minoritaire – comme représentant de l’Islam de France» (p 20). Mais lorsque dans un récent communiqué, Amar Lasfar, le responsable UOIF de notre région reconnait lui même que «Sans le soutien de Madame AUBRY, Maire de LILLE, le lycée AVERROES n’aurait pas ouvert ses portes en septembre 2003» ne nous révèle-t-il pas qu’à Lille, par électoralisme, les élus socialistes ont exactement la même attitude de collusion vis-à-vis des représentants de l’UOIF que Nicolas Sarkozy ?
L’inquiétante “rupture tranquille” de Monsieur Sarkozy le Livre, format PDF
Dely, Renaud. « Disséqué par l’adversaire» liberation.fr, 9 janvier 2007,
« Nicolas Sarkozy : l’avocat de l’UOIF» hebdo.parti-socialiste.fr, 10 janvier 2007
Lecuyer, Julien. « le lycée Averroès qualifié de « fondamentaliste» par Eric Besson» La Voix du Nord/Lille, 13 janvier 2007, p 7
« La charge du PS contre Sarkozy» europe1.fr, 14 janvier 2007
Waleckx, Tristan. « Le PS cafouille sur le lycée musulman» 20minutes/lille, 15 janvier 2007, p2
« Le lycée Averroès qualifié de « fondamentaliste» nord-pas-de-calais-picardie.france3.f, 15 janvier 2005
Lasfar, Amar. « L’inquiétante dérive de Monsieur BESSON» saphirnews.com,15 janvier 2007
Sur l’Institut Avicenne
Djaffer, Ait Aoudia. « Au coeur du premier lycée» marianne.fr N° 352, Semaine du 19 janvier 2004 au 25 janvier 2004.
Sur Amar Lasfar
Amar Lasfar, l’Islamiste du Nord, France Echo, 30 mai 2005
Allienne, Philippe. « Amar Lasfar, un drôle de recteur» marianne.fr N° 326 Semaine du 21 juillet 2003 au 27 juillet 2003
source : Obsim